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La vie des villages d'antan et d'Aubrives en particulier

 

Comme je l’ai déjà expliqué en préambule, la vocation originelle d’Aubrives était attachée à la Meuse, autour du « passage d’eau », dès le Moyen-âge. Monsieur GOFFIN n’hésite pas à parler du « Port de la baronnerie de Hierges ».

Plus tard, la vallée de la Meuse concentrant la presque totalité des transports, un relais de chevaux s’installa (certainement  avec possibilité d’auberge et taverne).

Le ruisseau de Prailes ( qui porte le nom de Jonquière en Belgique), se jetait à l’origine à ce même endroit; il donna l’occasion d’installer un moulin à grain, car il ne faut pas oublier que le pain demeurera longtemps une des bases essentielles de la nourriture.

 

Autour de cette petite vie, sur de vieilles cartes postales, on découvre les potagers, essentiels à l’approvisionnement; avec un peu de chance, on pourrait y remarquer les petits élevages (volailles, porcs) qui fournissaient l’appoint carné, mais également les graisses ( le saindoux notamment) essentielles à la conservation pour l’hiver.

A quelques mètres aussi, une brasserie s’était installée; le houblon était cultivé à cet effet et il n’est pas rare d’en trouver encore au sein de quelque haie.

Sur l’un ou l’autre versant bien exposé, la vigne était tentée ( certaines parcelles portent des noms évocateurs) pour produire une «  piquette » légère et acidulée.

 

L’autarcie  des petits villages

 

 

Les conditions de vie sont bien différentes des nôtres, à chaque étape du développement.

· Le chauffage: L’utilisation du bois tient un très grand rôle ( une grosse partie des délibérations municipales l’attestent…….. les «  parts affouagères » … pour exploitation du bois et des genêts). On chauffe peu les habitations ( en général la pièce qui sert de cuisine et de salle de séjour à la fois, et c’est tout). On bassine juste le lit des enfants. Ce bois est également essentiel à la cuisson des aliments et du pain.

· La nourriture est très différente d’aujourd’hui . Les réserves pour l’hiver se révèlent primordiales car la conservation des denrées n’est pas aussi aisée qu’aujourd’hui. Les techniques sont malgré tout très satisfaisantes:

On conserve la viande de porc, dans des jarres de grés,  en la noyant dans de la graisse (le saindoux), on sale les jambons, on fume jambons, saucisses et poissons. Toujours dans des jarres de grès, on conserve le beurre, les œufs, les haricots verts, dans la saumure. On confectionne les confitures. La bière est brassée localement, l’eau de source est récupérée pour la boisson à différents endroits de la commune et beaucoup d’habitations possèdent un puits personnel.

Les potagers sont très nombreux et fournissent des légumes qui résistent à l’hiver: on mange beaucoup de choux, de pommes de terres, on ensile les carottes, les betteraves.

Les vergers remplissent les fruitiers pour l’hiver en ménageant une réserve de vitamines ( les variétés de pommes ou poires sont choisies pour une bonne partie, en raison de leur bonne conservation).

Les vaches fournissent le lait, le beurre, mais ne sont pas élevées pour la viande. On mange par contre beaucoup de porc  ( qui se prête le mieux à la longue conservation) et de volaille.

Le poisson est exploité par des « fermiers de pêche ». Le Docteur CHUQUET un médecin de renommée, originaire du village avait obtenu une autorisation d’exploitation professionnelle  du poisson. Au siècle dernier, le saumon était présent en Meuse, le Brochet régnait et la friture était abondante. Il fit construire deux petits pavillons de pêche. L’un ( toujours présent) à proximité du passage d’eau, l’autre à « Mouyon » où, par le captage d’une source, il parvenait à conserver vivantes ses prises, dans des viviers tôlés.( Le Conseil municipal lui accorde la permission de captage à titre gratuit, en égard à l’aide médicale qu’il apporte dans le village à titre gracieux, par décision du 10 décembre 1898.)

 Pavillon du Docteur CHUQUET, le long de la Meuse.(existe toujours)    On peut voir les longues nasses à poisson, pendues pour séchage.    Au pied du pavillon, les enfants, armés d’épuisettes et de seaux, ont participé à « la récolte ».

·                 Pas beaucoup de vin, qui arrivera plus tard sur les tables, mais « des péquets »; on distillera longtemps également à Aubrives: de « la goutte à 52° », de pommes, de poires, de prunes…

·                 La bière est brassée dans le village avec le houblon cultivé par des particuliers. Après la seconde guerre mondiale, la brasserie COLLIN vendra du vin et vers les années 54/55, la maison se charge elle-même d’effectuer les « coupages »: des camions citernes amènent des vins du Languedoc, peu alcoolisés et de qualité médiocre pour couper les vins provenant d’Algérie, (très lourds et parfumés) par les mêmes moyens routiers. Les enfants de cette époque ont souvenance de la taquinerie des camionneurs qui, lors des transvasements, les arrosaient au jet (!) d’un vin algérien  particulièrement parfumé et sucré.

·                 Pas d’eau courante, l’assainissement est longtemps rudimentaire ( ce qui explique les inquiétudes pour le ruisseau), la toilette est difficile, le lavage du linge s’effectue à « la fontaine »

·                 Les « quinquets » à huile, à carbure, à pétrole, à essence, sont partout utilisés.

·                 On n’a recours aux médecins qu’en cas de grave affliction; les femmes collectent le tilleul en fin d’été, les queues de cerises, la rue, la mauve, la bourrache etc, comme remèdes en prévision de l’hiver. On utilise les cataplasmes de moutarde, les ventouses, les sangsues.

·                 Des guérisseurs pallient aux manques de diagnostic, et ce jusqu’à très tard. Une demoiselle BOURLARD possédait, paraît-il le don d’arrêter les brûlures, la diarrhée des chevaux, de soigner les rhumatismes. Beaucoup y avaient recours et, lorsque j’avais trois ans, j’ai également eu besoin de ses services.

La Belgique toute proche favorise une petite contrebande ( le tabac de la Semoy), le café…

 

 

·                 Les distractions sont rares en dehors des fêtes annuelles, (une cavalcade fêtait l’arrivée du printemps) Un théâtre local donnera des représentations à partir de 1910 dans la nouvelle salle «  de la joie » inaugurée par Mr Bertin, directeur de l’Usine et Maire d’Aubrives. Les jeunes fréquentent les bals populaires à Vireux, à Vaucelles, à Givet…. Et l’on se déplace à pied.

Les soirées d’hiver sont particulièrement longues et beaucoup se réunissent dans les nombreux « cafés », plus pour se raconter des histoires en jouant aux cartes ( la célèbre « Belote » ou le « Couillon ») que pour boire.

On pratique également « La Chiche »: une réunion dont le lieu est prévu à l’avance, rassemble des invités autour de la cheminée de l’hôte du soir pour «  causer » et s’amuser, coudre et grignoter. Des quatre coins du village, les participants arrivent avec leur chaise sur la tête. En ces temps difficiles, cette coutume contribue également à épargner le bois de chauffage sans chauffer toutes les maisons à la fois.

 

Un défilé de carnaval vers 1920.

 

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Le Vendredi 27 Octobre 2006
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